Les invocations de la sorcière

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I

Elle venait d’ouvrir le livre. Ce geste qui semblait complètement anodin était pourtant d’une importance cruciale pour l’humanité. Ce simple geste changerait à jamais le déroulement de la vie dans le monde d’Alyssïa.

Elle avait traversé des contrées périlleuses pour en arriver là, des montagnes de cendres où sifflait sans discontinuer un vent glacial, des déserts de sable noir à la chaleur harassante, d’obscures forêts aux arbres effrayants couverts d’innombrables yeux… L’apprentie mage avait parcouru un long et difficile chemin, mais cela en valait la peine. Au loin, elle apercevait une lueur, elle savait que là-bas, elle trouverait ce qu’elle cherchait depuis si longtemps, le grand temple de l’invocation.

Les légendes racontaient que c’était dans ce temple que se trouvait les écrits les plus dangereux du monde, des écrits qui, s’ils étaient lu par un mage érudit, permettraient de lâcher un courroux apocalyptique sur tous les royaumes du monde.

II

Elle n’aimait déjà que trop peu la race humaine, et son passage au monastère des mages n’avaient fait qu’attiser cette haine. Sans cesse moquée pour son retard intellectuel au début de l’apprentissage, puis rabaissée par la Maître-mage, elle fût ensuite jalousée pour son avancée fulgurante en arts mystiques et notamment dans les arts d’invocation dans lesquelles elle excellait, surpassant de loin les mages confirmés du monastère. La Maître-mage ne lui montrait aucune reconnaissance alors qu’elle aurait aimé qu’elle devienne son mentor. Elle se retrouvait donc qualifiée, même surqualifiée mais seule, sans aucun ami sur qui se reposer, à qui se confier. Elle n’avait personne à qui faire part de ses doutes, personne à qui parler de sa haine grandissante pour la race humaine, personne qui pourrait essayer de réfréner la noirceur qui dévorait peu à peu son âme.

Sans personne pour la freiner, sans personne pour l’aimer, elle continuait ses explorations, lisant le moindre grimoire de la bibliothèque mystique. Un jour, alors qu’elle parcourait le livre de la convocation, elle tomba sur une page qui contrastait de manière étrange avec le reste des pages du livre. D’un aspect lisse et d’un blanc éclatant, celle-ci ne semblait avoir jamais été utilisée. Elle ne présentait aucune marque d’usure mais également pas la moindre écriture. Alyssïa avait l’esprit vif, d’un balayage de la main, elle lança un sort de révélation. Des lignes de textes d’un orange rougeoyant se mirent à apparaître. Cette langue était inconnue, pire, ces lettres ne voulait rien dire, mais rien ne l’arrêtait, elle lança un sort de réassemblage des lettres et tout devint plus clair. Son visage s’ébahit devant ce qu’elle lisait et un sourire diabolique y apparut. Il était écrit en dessous des mots “sorts interdits” une courte phrase suivie d’un long paragraphe décrivant les étapes à suivre pour trouver le temple de l’invocation. Elle déchira la page et mit le morceau de papier dans sa poche puis quitta la bibliothèque qui n’avait plus rien à lui apprendre. Depuis ce jour, on ne la revit plus au monastère.

IlI

Elle marchait depuis si longtemps. Les montagnes cendreuses lui avait laissé un goût amer dans la bouche. Une poussière dense s’était infiltrée dans ses poumons, elle toussait, chancelait, l’avancée se faisait difficile. La chaleur infernale de la région des sables sombres n’avait rien arrangé. Mais, la peau rougie et des cloques plein le corps, elle continuait à avancer, se sentant constamment observée par des millions d’abominables yeux. Elle devenait paranoïaque, son esprit lui jouait des tours ou peut être était ce cette satanée forêt aux milles yeux. Mais il y avait cette lueur là bas, une lueur qui éclairait un vaste espace. Elle émanait de ce rocher planté en plein milieu du lac aux eaux rouges. Les mains d’Alyssïa se mirent à danser et l’instant qui suivit, ses pieds quittèrent les cailloux blancs qui recouvraient le sol. Elle lévita jusqu’au rocher. Accompagnée d’un léger bruit, elle se posa délicatement sur le sol granuleux du roc. Elle se tenait maintenant juste devant cette lueur, devant une large ouverture, devant cette brèche qui cisaillait de haut en bas cet immense roc et d’où sortait la lumière. Elle pénétra dans la grotte qui ne l’était qu’en apparence puis fût très vite impressionnée par la clarté qui habillait la caverne. Tout en face d’elle, a seulement une dizaine de pas, une source inconnue inondait de lumière la petite grotte. Elle avança puis s’arrêta juste devant un piédestal. Elle y était, elle était arrivé là où l’avait mené toutes ses lectures, là où ses désirs les plus instables l’avait conduit. Voilà, devant elle, sur le piédestal, était posé le livre de l’ultime invocation.


Stefan KoidlThe Demon Book

IV

Et elle ouvrit le livre, tourna des pages et des pages tout en lisant à voix haute toute phrase, tout mot qui s’y trouvait. Au fil de sa lecture, ses cheveux virèrent au gris, ses yeux se gorgèrent de sang et ses pupilles devinrent noires comme les ténèbres. Son teint devenu pâle laissait émaner une froideur incommensurable. Tout l’espace de la pièce devenait glacial. Elle continuait à lire et des ombres difformes commencèrent à émerger derrière elle. Avec celles-ci, de nombreux yeux rouges percèrent l’atmosphère obscure de la petite pièce.

D’un coup, un grondement sévère se fît entendre. Un orage semblait se préparer à l’extérieur. Le livre s’illumina et libéra des éclairs rougeoyants qui tournèrent et tournèrent autour d’Alyssïa. Quelques secondes passèrent et la foudre frappa le plafond de la petite grotte. Dans un fracas détonnant, des blocs de roche tombèrent au sol, tout autour de l’apprentie devenu maître sorcière. Au dessus d’elle, un trou béant laissait apparaître le ciel, les éclairs rouges s’y engouffrèrent. Aucune lumière ne perçait, le ciel était noir, rempli de sombres nuages et parcouru des éclairs sanglants qui s’étaient multipliés. Ceux-ci, accompagnés d’un vent puissant, faisaient tourbillonner les nuages. Rapidement, un vortex se créa.

Alyssïa sorti du temple désormais en ruine. Elle se plaça juste en dessous du trou dans le ciel puis elle ouvrit le livre pour lire la dernière page du livre des démons. Des hurlements commençèrent à émaner du vortex. Ce dernier ne ressemblait qu’à un tourbillon de fumée parcouru d’éclairs sanglants. Et en une fraction de seconde, une horde de créatures démoniaques déferlèrent par ce trou béant.

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