Flash Story n°3 : L’oeil qui regardait le monde

L’homme roulait à une allure moyenne. La route était étroite, il restait aux aguets. Au cas où une voiture arriverait dans l’autre sens, il faudrait qu’il se serre sur la droite. Il rentrait d’une journée de travail épuisante, dès le matin, une quantité démesurée de paperasse l’attendait. Au fil de la journée, celle-ci n’avait pas diminuée, ses supérieurs prenant un malin plaisirs à lui rajouter des documents à décortiquer, à recopier ou à remplir sur cette pile de papier qui ne descendait pas. Enfin, il était neurologiquement éreinté. De chaque côté de la voiture, le paysage défilait, des immeubles, des maisons puis des champs vastes dont on ne voyait le bout à l’horizon. Il venait de quitter la ville, cette mégalopole où d’autres, comme lui, se rendent pour travailler comme des fourmis. à ce moment, il laissa échapper un soupir de soulagement, comme s’il se sentait maintenant beaucoup moins oppressé. Après les grandes étendues de champs, quelques arbres apparurent de chaque côté de son auto, puis bientôt des dizaines. La journée arrivait à son terme, le ciel commençait à s’obscurcir. Il était déjà huit heure vingt trois du soir quand même, et même si le temps était encore bon, la nuit tombait maintenant plus tôt. Malgré tout, l’homme trouvait qu’elle arrivait quand même bien plus tôt que la veille. Puis en quelques instants, la nuit devint noire comme l’érèbe. Ses phares éclairaient la route à dix mètres devant lui mais pas plus loin, il décida alors de s’arrêter.

D’abord, il se pencha par dessus son volant pour observer le ciel. Il y découvrit une teinte qui passait du noir profond à un brun foncé avec une sorte d’astre assez haut au dessus de lui. Mais il en était sûr, il ne s’agissait pas de la lune, cette chose était bien plus foncé et trop proche puis il y avait plusieurs cercles comme dessiné dessus. Le plus petit était tout noir et parfaitement centré. Tout d’un coup, l’objet étrange disparut comme si une partie du ciel était passé par dessus. L’homme était interloqué, et dans la seconde qui suivit, comme si l’on levait un voile de ciel, la chose réapparu. L’homme fit un pas en arrière, la partie noire au centre de la chose bougeait tantôt à droite, tantôt à gauche, puis à nouveau, le ciel la cachait et la faisait réapparaître comme des clignements d’oeil. Et c’est ce que l’homme avait compris, tout dans cette astre, tout à l’exception de sa taille démentielle s’apparentait à un oeil, un oeil titanesque collé contre la paroi atmosphérique de notre planète.

Kurt Huggins – The Watcher

Qu’était cette chose ? Que voulait-elle ? L’homme l’ignorait. Mais plus que cette simple inconnu, il se sentait vraiment minuscule, tel un insecte, à la merci de cet étrange oeil dont la taille augurait quelque chose d’incroyablement colossal capable de détruire plusieurs planètes d’un seul coup. Tétanisé, l’homme se mit à genoux puis, tout en sanglotant, il lança :

— Serait-ce la fin de l’humanité ?

Au fond de lui, il entendit résonner une voix :

— Non, répondit franchement l’oeil qui s’incrustait dans ses pensées.

S’ensuivit une autre phrase :

— Pas pour le moment, mais je vois tout, je suis l’oeil de Dieu, et si aujourd’hui l’heure n’est pas venu de supprimer les humains, elle pourrait finir par arriver. Vous, les hommes, ne savez pas entrer en symbiose avec la Terre. Vous vous contentez de la tuer à petit feu en utilisant, que dit-je, en épuisant égoïstement la moindre des ressources qu’elle peut offrir sans rien lui donner. Si vous continuez ainsi, nous n’aurons pas le choix, car la Terre doit perdurer, elle est bien plus importante que de simples et fragiles humains.

Ces paroles laissèrent l’homme sans voix. Alors que l’oeil semblait commencer à s’éloigner, une dernière parole retentit dans son esprit :

— Je te fait messager des humains, tu es désormais leur guide pour les sauver de la déchéance.

Après cette dernière parole, l’oeil s’enfonça un peu plus dans les cieux jusqu’à disparaître. La nuit noire se para d’un coup d’une myriade d’étoiles. L’homme se releva, hébété comme s’il était saoul, il marcha jusqu’à sa voiture. Il ouvrit la portière et s’assit sur le siège conducteur. Il resta quelques instants à observer le ciel drapé de ce magnifique tapis étoilé puis il ferma les yeux.

ceci n’est qu’une libre interprétation de ce que cette image m’inspire.

Images : Kurt Huggins

Texte : Reym

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