La légende du dragon immaculé : Partie 1

Il était une fois, perdue au milieu d’un océan infini, une île de la taille d’une main de géant. Formant un cercle irrégulier, une plage, assez fine, courait sur la majeure partie du littoral de l’archipel. A un endroit, un chemin quittait la rive, perdant peu à peu le sable presque blanc de la plage au gré d’une ascension à travers de hautes falaises. Commençant tout droit, il finissait par rapidement serpenter pour mieux affronter l’élévation abrupte du terrain. Au sommet de cette barrière de roche géante, de nombreux champs multicolores se partageaient la place avec un large lac qui surplombait l’océan. Derrière ce paysage majestueux, l’on pouvait apercevoir de hautes montagnes qui enveloppait en arc de cercle l’ensemble de la haute plaine. Le sentier continuait à travers cette vallée suspendu pavée de reflets émeraudes, lilas, ambrées d’une part et étrangement de tâches anthracite et kaki d’autre part à de nombreux endroits. Puis, perché un peu plus haut sur une petite colline, au coeur de la chaîne montagneuse, se trouvait une petite cité. Les anciens l’avait baptisée Monaxya. Complètement isolée, celle-ci n’avait aucun contact avec le monde extérieur. Ses habitants ne savaient même pas si, au delà des étendues d’eau à perte de vue, il existait autre chose, s’il y en avait d’autres comme eux où bien s’il existait d’autres formes de vie dans leur monde. Ils se contentaient de vivre du mieux qu’ils pouvaient, profitant des ressources que l’île leur offrait.

 

Seulement, ces ressources étaient loin d’être éternelles, loin d’être inépuisables. La cité arrivait dans une période critique et cela n’était pas le seul problème qui touchait l’île. Le cycle des deux soleils avait changé. Habituellement ils se succédaient, se partageant la journée sur des cycles rapides, mais depuis peu, ils paraissaient de plus en plus longtemps en même temps. Au début il ne s’agissait d’à peine une heure, trop peu de temps pour que quelques dégâts ne soient causés. Mais aujourd’hui, il s’agissait de près de la moitié d’une journée. Tant qu’un seul était levé tout allait bien, les récoltes pouvaient se faire, les Monaxyens pouvaient travailler. Mais dès que le second s’associait au premier, et ce jusqu’au coucher de l’un des deux, ils transformaient l’atmosphère en une véritable fournaise. Les plantations déjà en phase de régression, s’asséchaient maintenant de plus en plus vite, l’eau potable se raréfiait car le lac s’évaporait quatre à cinq fois plus vite, les bêtes et les habitants s’évanouissaient sous l’effet de la chaleur. Si cela durait trop longtemps, la vie de cette triste cité risquait de s’éteindre.

White Dragon – Yan Chenyang

 

Alors que certains baissaient les bras, attendant la fin, complètement désemparés et que d’autres tentaient par divers stratagèmes de sauver les récoltes et permettre à tous de se nourrir, une petite fille restait assise devant l’océan. De jour comme de nuit, elle restait là, elle les entendait sans les écouter, les uns sanglotant qu’ils allaient mourir, les autres travaillant dur à la récolte la nuit et le matin avant l’arrivée du second soleil.

Elle tenait quelque chose dans la main gauche. De temps en temps elle l’attrapait de sa deuxième main pour l’ouvrir puis en le tenant fermement de ses deux menottes, elle le rapprochait de son visage. Elle restait fixé dessus, totalement passionnée, seul ses pupilles bougeait, de gauche à droite dans un premier temps, puis vivement à gauche dans un second temps et encore de gauche à droite et ainsi de suite. Passant sa main gauche au centre, elle attrapa le coin en bas à droite de son autre main.

— Jeune fille, tu devrais nous aider au lieu de lire. Il y a un temps pour lire et un temps pour travailler, et en ce moment il est plutôt temps de travailler, ce n’est pas ton livre qui  nous sauvera. lui lança un homme  derrière elle.

Elle ne répondit pas, complètement happée par sa lecture, elle n’avait peut être même pas entendu l’homme. Elle tourna la page pour en découvrir la suite. L’homme, la voyant si absorbée par ce livre, la laissa en soupirant et retourna à sa tâche. Il récoltait quelques légumes puis les rangeait dans une cagette qu’il alla mettre dans une grotte creusée dans la falaise. Il y avait beaucoup de petite cavité comme celle-ci dans les falaises, la plupart abritait des vivres mais dans d’autres, les hommes s’essayaient à cultiver quelques champs.

ShariLyn – Ocean Painting

Le lendemain, le cycle recommençait, un premier soleil apparut à l’horizon puis quelques heures après, le second le rejoignait. L’un était toujours plus gros que l’autre. Le plus petit, rougeoyant, masquait d’un demi cercle posé sur l’horizon le plus grand, flamboyant, qui le dominait. Les deux astres irradiaient le ciel de multiples rayons jaune et rouge. En se mélangeant, ceux-ci donnaient une étrange et lourde teinte orangée au ciel. Dès ces premières lueurs, la fraîcheur de la nuit était balayé par une chaleur assommante. La tristesse et l’espoir se mêlèrent alors à nouveau dans le hameau. D’un coté, ceux qui voyaient chaque jour la fin approcher, de l’autre, ceux qui se voyaient toujours là persuadés qu’une solution existait. La petite fille se plaçait plutôt dans le second groupe, elle se contentait de lire ce livre mais l’on pouvait voir dans ses yeux briller une puissante lueur d’espoir. Les jours se ressemblant, le même homme repassa près d’elle. Il l’observa un instant, elle et son livre. Il s’approcha d’elle puis se pencha.

 

— Comment il s’appelle ce livre déjà ? demanda t-il en retournant la couverture pour en voir le titre.

La petite fille ne dit rien, elle restait muette, tenant fermement son livre, puis d’un geste sec, elle le tira vers elle pour l’arracher des mains de l’homme.

— La légende du… Quoi, tu passes tout ton temps à lire des légendes, ces vieux recueils d’inepties au lieu de nous aider ? Jeune fille il faudrait arrêter de rêver ! On a besoin de mains pour sauver les récoltes, réveille toi !

Elle tourna le dos à l’homme et resta là, assise sur la plage, impassible et se replongea dans sa lecture. Concentrée, elle s’abreuvait de chacune des lignes, de chacun des mots de l’ouvrage. Il ne lui restait que peu de pages à parcourir et bientôt la nuit viendrait apaiser ce climat étouffant.

 

Le jour d’après, la chaleur semblait encore plus oppressante. L’homme, déjà en nage, passa sur la plage pour aller s’enquérir de sa tâche mais, tout en observant l’océan puis le sable à ses pieds, il s’arrêta. La petite fille n’était pas là. Il était étonné mais se disait qu’elle avait peut être fini par comprendre et par aller se mettre au travail. Il s’apprêtait à reprendre son chemin quand quelque chose attira son attention. Enfoui dans le sable, le bout d’un objet dépassait. Il l’attrapa, il s’agissait du livre que la petite lisait. Il en balaya le sable humide qui recouvrait la couverture. Il put ainsi en lire le titre.

— La légende du dragon immaculé. marmonna une voix derrière lui.

Il se retourna et vit une vieille femme drappée de vêtements en lambeaux. Il n’avait jamais vu cette femme. Son accoutrement étrange le laissa sans voix.

— Il n’existe qu’un seul exemplaire de ce livre, le saviez vous ? lança la vieille dame

 

— Euh… non.. répondit-il tout hésitant.

— Ce livre raconte que celui qui arrivera à invoquer le majestueux dragon immaculé pourra sauver son monde d’une mort certaine.

L’homme se rappelait de ses légendes, sa mère lui en lisait quand il était petit. Mais il se souvint que celle-ci l’avait marqué plus que les autres, mais sans savoir pourquoi. Avide de comprendre pourquoi, il commença à parcourir quelques pages du livre puis s’arrêta d’un coup sur l’une d’elle. Il l’examina rapidement puis partit, le pas rapide et le précieux manuscrit à la main, en direction d’une énorme montagne.

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