La nymphe et le vieil homme (partie 1)

Haut dans le ciel, le soleil illuminait la plage tout en réchauffant l’eau de la mer. Des langes blancs étaient étendus sur le sable et de gros cailloux noirs étaient posés dessus pour empêcher le vent de se les accaparer. des clapotements résonnaient, des cris et des rires aigus aussi. Recouvertes chacune seulement de deux morceaux de tissus, un groupe de nymphes se baignaient juste là. Toutes étaient belles, mais l’une d’entre elles se démarquait allègrement de toutes les autres. Sa beauté si majestueuse, si merveilleuse, si divine les éclipsait toutes. Tous les regards, surtout ceux des hommes, étaient fixés sur elle. Chacun tentait de la séduire, mais tous se voyaient éconduits par la belle.

nymph – nina-Y

 

 

 

Alors qu’elle s’éloignait pour aller nager dans des eaux un peu plus profondes, un rocher attira son attention. Un arbre y avait pris place. Elle y grimpa et profita d’être à l’écart de tous pour s’assoupir quelques instants à l’ombre de ses épaisses branches feuillues. Lorsqu’elle se réveilla, une silhouette se trouvait à ses pieds. Elle ouvrit doucement les yeux et y vit un homme. Son visage était couvert d’une épaisse barbe grisonnante et son crâne d’une chevelure cendrée tombant sur sa nuque. L’homme, comme beaucoup d’autres la trouvait magnifique. Il lui fit de nombreux compliments et autres éloges sur la profondeur océanique de ses yeux bleu azur, la perfection voluptueuse des formes de son corps ou encore son visage plus ensorcelant de par sa magnificence que celui de la déesse même de l’Amour. Mais la jolie demoiselle restait impassible. Il proposa alors de lui raconter une histoire merveilleuse. Là, elle tourna la tête vers l’homme, semblant intéressée.

— Ô ma belle, l’histoire que je m’apprête à vous conter est celle d’un petit homme, et je ne parle pas de sa taille, l’histoire d’un anonyme, complètement insignifiant pour tous, devenu peu à peu grand et respecté.

— Un petit homme devenu grand ? Bon, et bien je t’écoute vieil homme, j’espère que cela est intéressant.

— Et bien, il y a fort longtemps, alors qu’il était un homme simple comme les autres, il faisait partie des pêcheurs du village. Il aimait travailler seul, alors il partait souvent dans des directions opposées à celles de ses camarades de pêches. Ce jour-là, il avait pris une barque et avait ramé jusqu’à une toute petite île. Il s’était assis là, sa canne à pêche planté dans le sable entre ses pieds qui s’y enfonçaient doucement à chaque fois qu’une vague venait caresser la plage. Il rangeait ses prises au fur et à mesure dans un petit panier prêt de lui. Après l’avoir bien rempli, la fatigue vint l’envahir et il finit par s’assoupir quelques heures. Lorsqu’il se réveilla, par mégarde, il fît basculer le panier, les poissons glissèrent alors sur la plage qui s’était, étrangement, habillée d’un tapis de verdure. Entassés et asséchés dans sa petite corbeille, cela faisait un moment qu’ils étaient au soleil, mais alors qu’ils venaient d’entrer en contact avec ces curieux brins d’herbes, l’un d’eux sembla bouger la queue. L’instant qui suivit, un autre sauta sur place, puis bientôt tous se mirent à gigoter et à sautiller en direction de l’océan. C’était miraculeux, et une fois dans l’eau, ils recommencèrent à nager sans aucune séquelle, sans le moindre problème, c’était comme s’ils venaient de… de ressusciter.

— Ressuscités ? des poissons ? Vraiment ? Vous essayez de m’embobiner avec votre histoire fantastique vieillard ! Rien de tout ceci n’est vrai j’imagine ?

— Au contraire ma gente Dame, cette histoire est plus vrai que vous ne pouvez l’imaginer. Laissez moi continuer à vous la conter…

— Bon, je vous accorde encore quelques instants, cette histoire de poissons qui auraient retrouvé la vie m’intrigue quelques peu.

— Et bien, écoutez… Sous ses yeux ébahis et sous le sable, une magie opérait tout en délicatesse, sans un bruit. Les brins d’herbes se multipliaient à un rythme effréné et bientôt la plage ressemblait à une prairie des plus verdoyante là, à quelques pieds de l’océan. Et puis, poussé par je ne sais quelle chose, l’homme attrapa une poignée de ces étranges brins d’herbe et les porta à sa bouche. Il macha, s’accoutumant totalement du goût fade, âcre et incertain que ceux-ci pouvait avoir et les avala. Ce qui arriva ensuite est encore plus fantastique et merveilleux que toutes les histoires que vous avez pu entendre.

Cephalopodwaltz – Old man and the lake

— Vraiment ? alors finalement, peut-être votre histoire vaut-elle la peine d’être écoutée.

— Merci ma Dame, vous ne le regretterez pas, je vous l’assure.

— Je l’espère… Dit-elle sur un ton déjà ennuyé.

— Et bien, lorsqu’il eut avalé ces herbes, il fus pris d’une pulsion. Il se jeta dans l’océan, y plongea complètement et nagea, nagea encore et encore, de plus en plus profondément au coeur des abysses. Il ne ressentait pas le besoin de respirer, il avait l’impression de nager de plus en plus vite. En observant en arrière, il eut une curieuse surprise. Ses jambes n’étaient plus, ou plutôt, elles s’étaient entremêlées pour ne former qu’un seul membre. Une longue queue de poisson, voilà ce qui se trouvait maintenant en lieu et place de ses jambes. Il éprouvit un moment de frayeur puis sa pulsion le rattrapa. Se sentant attiré par quelque chose tout au fond de cet océan, il repris sa nage. Il ne se passa que quelques instants, sa nage était maintenant très vive, et voilà qu’il aperçut une lueur. Celle ci grandissait au fur à mesure qu’il approchait. Bientôt, de hautes colonnes de pierres, cylindriques, se dressaient, puis de larges récifs aussi, parsemé de plusieurs cavités de manière complètement irrégulière. La lueur venait de là, de l’intérieur de ces rochers plantés au fond des eaux, de cette mystérieuse cité sous-marine. Il commençait à sentir une présence l’entourer, elle était douce. En se retournant, il en vit d’autres, comme lui, beaucoup d’autres, des hommes, des femmes, des enfants, tous avaient une queue de poissons et des écailles couraient sur leurs corps. L’un d’eux s’approcha, puis il lui dit : “tu fais partie de notre famille maintenant, saches que notre espèce, les tritons, vivent bien plus longtemps que les hommes” puis il repartit. Mais les autres l’acclamaient comme… comme un dieu…

— Un Dieu ? Mais ce n’était qu’un homme

— Justement ma Dame, c’était un homme…  

— Bien, bon pourquoi pas, mais cette histoire est vraie vous dites ? Et puis qui est cet…

D’un coup elle s’arrêta net, le vieil homme venait de se hisser sur le rocher afin de se rapprocher d’elle. Étonnée, elle découvrit qu’il n’avaient pas de jambes mais une masse à la fois bleu marine et turquoise à la place de celles-ci sur laquelle se reflétait le soleil.

— Mon histoire ne vous a pas plus ma belle ?

— Si, si, répondit-elle interloquée.

— Votre beauté m’as fait oublié mes bonnes manières, je me présente, Glaucos, simple dieu marin pour vous servir.

— Et bien, Donc j’en déduis qu’il s’agissait de votre histoire. vous êtes un triton, cela ne fait aucun doute, et c’était une bien belle histoire.  Mais un dieu marin ? Vous vous attribuez un titre un peu fort pour ce que vous êtes vieillard. Ne me prenez pas pour une idiote, je n’apprécie que très peu les égocentriques !

Sur ces dernières paroles, la nymphe plongea dans l’eau, plantant là le triton grisonnant. Ce dernier, sans voix, la regarda nager jusqu’à la rive. Chacun de ses gestes étaient si gracieux, il n’en perdait pas un instant et continua à admirer la demoiselle sortir de l’eau avec beaucoup de passion. Mais il ne souriait pas, elle s’éloignait de lui et il savait qu’elle ne reviendrait pas, elle ne succomberait pas à ses charmes, enfin, pas de cette manière…

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